la friche

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Je cherche des images pour dire à quoi ça ressemble, ces semaines, et je ne sais pas trop. Un jour au téléphone, Lotte me parle d’une pièce en chantier : on a fait des trous et il y a de la poussière partout ; on attend qu’elle retombe pour voir ce que ça donne. Ce sera sans doute mieux, après. Ah oui, alors c’est ça, exactement. De la poussière plein les cheveux et l’odeur du plâtre qui plane, et cet engouement au moment où on a la perceuse entre les mains : on pourrait toucher à ce mur-là mais pourquoi pas aussi à celui-ci ou à cet autre encore, ce n’était pas prévu mais tant qu’on y est, et je ne sais plus très bien comment m’arrêter. J’attends que ça s’apaise, et je sens que ça vient, de temps en temps. L’autre jour je disais, je me sens légère, ça faisait longtemps que ça ne m’était pas arrivé. On parle de carcan et même si ça me paraît très fort, comme mot, je crois que je le comprends comme il faut. En chantier, donc, ou en friche, peut-être.

Je rêve de champs de coquelicots.

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comme quoi

Je repense à cette phrase assénée mille fois sur les gens heureux et sans histoires, mais je dois me rendre à l’évidence : quand je suis triste, je suis bien en peine de raconter quoi que ce soit. Peut-être que l’écriture a changé, que son but n’est plus le même, depuis toutes ces années. À un moment sans doute, c’était plutôt ça, les mots comme un sauvetage, mais lentement ça s’est transformé. Les mots comme quoi, maintenant ? Les mots, comme quoi.

Mi-avril de retour de six semaines sac au dos, je pousse la porte de l’appartement d’à côté pour y trouver des surprises alignées les unes à côté des autres. On avait laissé les clés aux copains de passage, un à un, ils les ont échangées contre des tablettes de chocolat, des paquets de thé et des mots doux qui disent comme toujours la joie des amitiés. À ça, s’ajoutent des cartes postales des ailleurs, et voilà une belle manière d’adoucir un retour.

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comme les autres avant

Sans doute que vite, bientôt, pas loin, j’oublierai ce début 2017 un peu casse-gueule, j’oublierai les nuits à cogiter en regardant le plafond, les larmes qui débarquent sans raison et l’envie de me rouler en boule sous la couette trop souvent, les nœuds dans les cheveux le dos le ventre, et tout ce qui rend les journées un peu trop compliquées. J’oublierai les prises de sang, les mille questions sur ce qu’on fait et où et à quoi bon si, les silences étouffants, les habitudes à prendre, et celles qu’on voudrait enfin faire exploser et réduire en miettes mais qui résistent. C’est comme si la joie quelque part s’était égarée. Enfin bien sûr pas complètement, c’est juste que ça tangue fort, ça n’était pas arrivé depuis tellement longtemps. Je dis, n’empêche, ça renforce encore l’idée que d’habitude, ça va, et oui, d’habitude, c’est doux d’avancer, dans les jolis défis du quotidien, c’est joyeux de tisser des liens entre les mondes et les gens et de construire la vie comme ça, d’avoir la chance de faire ce qu’on croit bon et porteur de sens. Là, c’est tout atténué, tout tiraillé, mais bien sûr, vite, bientôt, pas loin, ça va se remettre à vibrer.

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