j’ai accumulé tant de gaité

10 janvier

Nous avons posé nos sacs pour trois jours dans le Diois dans une maison en bois dont j’aime chaque détail, chaque lampe, le piano droit, la boîte à musique en guise de sonnette, le robinet de la salle de bains, le futon dans la chambre, la couleur de la brique au sol, l’immense bureau. Une bouteille de vin est ouverte et nous prenons les repas à la table devant la grande fenêtre. Nous la débarrassons ensuite et nous y installons nos ordinateurs et nos carnets, la petite vie des travailleurs volontairement délocalisés – chance immense, nous jonglons entre les beaux projets. C’est que 2017 s’annonce pleine, encore, du point de vue de la vie.

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la folle allure

Régulièrement, je me dis que je devrais venir écrire plus souvent ici. Il y a trop à retenir dans mon coeur engourdi. Sans doute le train est-il le meilleur endroit depuis lequel raconter la vie sur ces pages-là, alors que je quitte de belles choses pour en rejoindre d’autres, tout aussi belles ; c’est dingue ce mois d’octobre, et toute la joie qui l’attend. Fin septembre, je me fais la réflexion, ô combien originale, que tout va tellement vite, comme ce titre de Bobin, la folle allure. Parfois, j’ai des bribes des jours précédents qui me reviennent brusquement, et que je n’ai pas eu le temps d’assimiler. C’est comme si je me réjouissais une nouvelle fois des choses parce que je les ai oubliées tant j’ai dû passer rapidement à la suite : c’est une chanson émue qu’on commence à travailler à la chorale, c’est une proposition d’atelier pile-pile-pile-pour-moi, c’est un mail d’une amie chère avec qui pourtant on ne s’écrit pas souvent qui a pour objet le prénom d’un enfant, suivi un point d’exclamation, et ma bouche fait pareil quand je le vois apparaître dans ma boîte mail : un point d’exclamation.

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au bord de peau à fleur de l’eau

Dans la fin de la nuit, nous pédalons pour rejoindre la gare, entre les gens ivres de leur soirée. Trente minutes plus tard, je pleure toute seule dans le wagon désert, j’ai mal aux au revoir, d’avoir été si tant de jours d’affilée avec le garçon d’à côté, est-ce obligé de s’arrêter ? Il fait froid dans ce train-là et je m’enroule dans mon duvet, je sors de cette semaine confuse et mitigée. J’ai aimé le bord du lac, mais je n’ai pas réussi à écrire, j’ai détesté l’actualité même si une tarte aux abricots est venue nous consoler, je n’ai pas aimé crever loin de tout, mais apprendre à changer une chambre à air m’a redonné un peu de fierté. Un soir, on a regardé Nus et culottés et être sur la route m’a manqué, on a fait du bateau mais je me suis sentie vague. On m’a posé un lapin alors qu’il me restait à peine le temps d’être amoureuse, j’ai mâché ma colère lentement en pédalant vite. Dans un appartement avec vue sur le lac, je découvre dans le récit d’une autre des bribes de ce qu’il a pu être pendant ses études, et j’aime bien, et à la fois, mon corps me joue des tours et au bord de l’eau, je suis à fleur de peau. Alors ce sont un peu des larmes de tout ça, dans le wagon désert, jusqu’à Dijon où un couple anglais monte dans le même wagon, on se raconte nos parcours et je bois leur délicieux accent, le garçon me demande, tu es prof ? et je m’étonne que ça se lise sur moi au milieu de ma vadrouille, mais il ajoute tu es la première Française qu’on rencontre qui fait attention à parler lentement plus de deux minutes, et je ris. Je veux bien de ces déformations professionnelles-là.

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